Articles

RÉCIT D'UN VISITEUR

Le CRA.
La zone. Interface.
Par ici c'est un peu l'extrême bordure de l'horizon de Paris, un repli géographique dans lequel il devient propice de dissimuler ce qui doit rester dissimulé. Par ici une nationale raide bordée de verdure, d'arbres, de grillages, de bitume. Les signaux sont absents. Les panneaux sont absents. Les rires sont absents. Il n'y a qu'un sentier que l'on découvre un peu par hasard, entre deux arbres. On étouffe un cri dans des bourrelets de forêt. Les voitures négocient leur virage bruyamment avant de céder au pas aux feux rouges. Ici nous entrons en terra incognita. On parcourt un sentier qui longe un grillage caché dans les buissons. Le regard s'y heurte, s'y colle comme dans une toile d'araignée. Par ici on prévoit les fuites.

DEHORS : LA CABANE - DEDANS : LES CONDITIONS DE RÉTENTION SE DURCISSENT

DEHORS : LA CABANE

La cabane, c’est cette espèce d’abribus en bois, posé devant le CRA, et qui sert de « salle d’attente » aux personnes venues en visite : triste endroit, avec une simple planche pour s’assoir, le sol jonché de mégots. Comme cette cabane est complètement ouverte, on y cuit en été, on y gèle en hiver, quand il vente, on y reçoit des tourbillons de poussière et quand il pleut, les rafales y pénètrent largement. Triste endroit, où les familles, les amis et les soutiens des retenus viennent s’assoir, lourdement chargés de vêtements et de victuailles, accablés par l’angoisse : leur proche sera-t-il expulsé ?

DU CRA DE METZ À CELUI DE VINCENNES

M. J. B. (Camerounais)

Nous sommes arrivées à 13H, un seul visiteur se présente en même temps que nous. Nous l’aiderons d’ailleurs à la guérite, à entrer en contact par téléphone avec son ami retenu, en raison de ses difficultés devant le policier, à identifier et prononcer le nom de cette personne. Il ne parlait que du pays d’origine.
Ensuite nous aurions pu espérer aller au parloir en même temps que ce seul visiteur. Bien au contraire il nous faudra attendre 14H15 pour être appelées.
Nous rencontrons M. J. B., d’emblée souriant et heureux d’avoir une visite. Il est originaire de l’est du Cameroun, en France de 1990 à 2000 pour poursuivre ses études. De 2000 à 2010, il retourne au Cameroun et revient en France pour prendre soin de son père gravement malade, celui-ci décédera en 2014.

KARIM, 31 ANS SE SUICIDE AU CENTRE de RÉTENTION de CORNEBARRIEU.

Nous publions le communiqué de presse du CERCLE des VOISINS du CENTRE de RÉTENTION de CORNEBARRIEU (Toulouse) à propos de ce suicide. À la suite, le lien vers le sujet traité par FR3 Midi-Pyrénées avec un interview de David Rohi, responsable national rétention du Pôle enfermement - expulsion de la CIMADE et un autre vers la publication du 27 septembre de la CIMADE sur la situation explosive dans les centres de rétention.




Ce 21 septembre, Karim, âgé de 31 ans s’est pendu au Centre de Rétention. C’est avec une grande tristesse que nous avons appris cette nouvelle dont les causes nous apparaissent clairement :

MANIFESTE DE LA 1ÉRE SESSION DES ÉTATS GÉNÉRAUX DES MIGRATIONS

Manifeste des Assemblées Locales réunies pour la
1ère session plénière des États Généraux des Migrations
1



Socle commun pour une politique migratoire respectueuse des droits fondamentaux et de la dignité des personnes.

27 mai 2018

Considérant :
- la situation humanitaire déplorable dans laquelle sont laissées nombre de personnes étrangères sur le territoire français ou à ses frontières, privées de la satisfaction de leurs besoins fondamentaux ;
- les difficultés rencontrées par les personnes étrangères pour faire reconnaître la légitimité de leurs parcours, leurs compétences et leurs droits ;
- les conséquences désastreuses de politiques principalement répressives, fondées sur une application « minimaliste » du droit d'asile, les conditions drastiques pour la délivrance de titres de séjour, la criminalisation de l'entrée irrégulière sur le territoire, la traque, la rétention et l'expulsion de personnes dont la seule faute est de ne pas disposer …

EN FRANCE DEPUIS L'ÂGE DE 12 ANS, À 20 ANS, DJIBRIL VA ÊTRE EXPULSÉ AU SÉNÉGAL DONT IL NE CONNAÎT RIEN...

Peu de monde ce jour-là. Certes nous avons dû attendre longtemps car les policiers ne prenaient qu’une visite à la fois, mais nous avons pu faire nos deux visites à la suite sans redescendre à l’accueil, puisque personne n’attendait. Une visiteuse a pu rester avec son ami tunisien une demi-heure de plus, ce que nous n’avions jamais observé auparavant.


Djibril, 20 ans, Sénégalais, 4e jour de rétention.

Djibril nous apparait tout jeune et très coquet (cheveux jaunis, coupe artistique).
Malgré son calme, il est inquiet car son nom est sur la liste d’un vol annoncé pour le lendemain à destination de Dakar, où il ne connaît plus personne : il est arrivé en France à l’âge de douze ans  avec sa mère dans le cadre d’un regroupement familial.

LE CERCLE INFERNAL DE LA DÉCHÉANCE SOCIALE ACCÉLÉRÉE PAR LA MARGINALISATION DU SANS PAPIER

Abdou, togolais, 36 ans, 8ème jour de rétention.


La rencontre avec Abdou nous amène d’emblée à nous demander pourquoi il  se retrouve dans ce lieu de rétention alors qu’il est arrivé en France à l’âge de 17 ans pour rejoindre sa mère et qu’il n’a pas quitté depuis cette date le territoire français. Il a fait ses études en France, a exercé son activité professionnelle d’infographiste en France, s’est mis en ménage avec une Française, son amour de jeunesse depuis le lycée, a eu un enfant, âgé aujourd’hui de 10 ans, de nationalité  française. Sous divers statuts, étudiant, salarié, vie familiale, la Préfecture lui a fourni des titres de séjour pendant des années, d’autres, comme lui, ont pu alors demander et obtenir la nationalité française.