ENFERMEMENTS A REPETITION ou L’ABSURDITE DU SYSTEME

Saïd, marocain, 41 ans, J+3
C’est un homme fatigué, amaigri, déprimé qui nous attend au parloir.
Sa famille, marocaine est venue en Espagne il y a 20 ans. Son père a travaillé dans les serres de culture de tomates. Il en est mort à 49 ans d’un cancer du cerveau provoqué par les pesticides.
Saïd, 41 ans, est en France, avec ses 2 sœurs et son frère (tous régularisés), depuis 11 ans. Sa mère vit toujours en Espagne et vient le voir de temps en temps. Il vit chez l’une de ses sœurs à Aubervilliers. Il travaille dans le bâtiment en tant que peintre et sur les marchés, activité qu’il aime beaucoup. 

Ces 10 ans ont été remplis de nombreuses galères liées à sa situation : c’est son 6ème séjour en CRA (2009, 2010, 2011, 2013). A deux reprises il a d’ailleurs fait 1 mois de prison pour avoir refusé de prendre le deuxième vol retour. Bien que ligoté, ses protestations et ses cris ont obligé les policiers à le faire descendre de l’avion; la deuxième fois, il a cru mourir tellement les policiers lui comprimaient la cage thoracique.
Il a fait deux tentatives de suicide au CRA. Il en garde de nombreuses cicatrices sur le corps qui l’empêchent d’aller à la piscine, à la plage, par pudeur, par honte. 
Il prend des calmants (Valium) pour pouvoir échapper à ses angoisses et dormir un peu. D’après lui, beaucoup de médicaments sont distribués aux retenus afin de les maintenir “calmes”.
Malgré l’absurdité du système dont il nous parle (“obligation de papiers pour travailler, demande de fiches de paie pour avoir des papiers”) il espère pouvoir déposer un dossier de régularisation avec l’aide de la Cimade, de voisins et d’amis qui se mobilisent.
Il se bat encore mais ne semble pas loin du point de rupture.
Nous profitons d’une pause cigarette prolongée des policiers de garde pour rester près d’une heure avec lui !

Moncef, tunisien, 22 ans, J+10

Le contact par téléphone laissait présupposer une forte agitation confirmée lorsque nous rencontrons Moncef : il se plaint de la tête où tournent sans arrêt des idées noires. Il assure ne pas dormir depuis plusieurs jours, et affirme avoir été victime de coups de la part des policiers. Mais renseignements pris, il n’a pas porté plainte contrairement à ce qu’il nous a dit.

Moncef va manifestement mal, sa situation est désespérée : orphelin depuis son enfance il n’a aucun soutien familial, il ne trouve que des petits boulots au marché et se sent méprisé par ses amis qui ont un travail. En outre, il n’a pas pu récupérer ses vêtements après le contrôle d’identité qui l’a conduit en rétention… pour la huitième fois ! 
(Chiffre confirmé par l’ASSFAM qui recense de plus en plus de cas semblables)

Ce retenu n’a aucun document d’état civil. « Les perspectives d’éloignement n’existent pas, la rétention ne peut donc se justifier ». Cette argumentation est présentée au Juge…mais la Préfecture allègue que « cette fois, le consul d’un pays le reconnaîtra » !   Le retour en rétention peut se faire 7 jours après la sortie de 45 jours de rétention, ou deux mois après… L’OQTF courant toujours pendant un an !

Selon la règlementation en vigueur, ce type de migrant, jeune, masculin, célibataire ne peut être régularisé par le travail, mais ne peut être expulsé non plus. Il ne lui reste donc que la rue, les aléas d’une survie au jour le jour, la dégradation de la santé. 

Comment se construire et garder espoir face à une telle absence de perspective ?

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