Retour sur l'incendie du mois de juillet au CRA 2 de Vincennes.

Dans l'indifférence générale, la violence de la mise en rétention et des expulsions a continué de plus belle cet été, provoquant, quelque fois, la révolte des retenus...


Vendredi 1er juillet, la fin du Ramadan approche et depuis plus d’un mois les tensions sont fortes au CRA de Vincennes : il y a eu plusieurs bagarres et cette fois, le CRA 2 explose littéralement.
Un retenu algérien a été placé en chambre d’isolement au matin de son 45ème et dernier jour légal de rétention. La chambre d’isolement, c’est la version policière du « mitard » pénitentiaire. Un retenu peut-être placé dans cette pièce pour assurer le maintien de l’ordre, la pièce est équipée de caméras, le procureur et le médecin sont avertis du placement.

Le retenu, placé à l’isolement, devait être expulsé vers l’Algérie, mais il ne le savait pas, car son vol n’avait pas été affiché. C’est une pratique courante au CRA : quand un retenu a déjà refusé un premier embarquement, pour le second, on n’affiche pas le vol de façon à pouvoir l’embarquer plus facilement sous l’effet de la surprise et d’un réveil aux petites heures du matin. Il faut bien noter que cette pratique est illégale : en effet, le règlement intérieur du CRA précise (art. 24) que « les étrangers retenus sont prévenus dès que possible par l’administration des déplacements qu’ils auront à effectuer dans le cadre de la procédure d’éloignement dont ils sont l’objet ».
Donc, à 5 heures du matin, ce vendredi 1er juillet, la police cherche à emmener le retenu à l’aéroport ; alertés et en signe de protestation les retenus des CRA 1 et 2 se mettent à taper sur les grilles, et enflamment leurs matelas de manière synchronisée. L’incendie se propage rapidement. Les retenus du CRA 3 auraient voulu faire de même, mais ils n’ont pas de briquet (il faut savoir que les retenus doivent demander du feu pour allumer leur cigarette au personnel chargé du quotidien dans le centre. Ils n'ont pas le droit de détenir de briquet).
On peut aisément se représenter la panique et la pagaille qui s’ensuivent : arrivée de forces de police et des pompiers, maîtrise de l’incendie, évacuation musclée des retenus dans la cour : d'après le journal Le Parisien, certains d'entre eux auraient utilisé des morceaux de table de ping-pong comme projectile contre les forces de l’ordre. C’est donc dans la cour que les retenus sont restés plusieurs heures ; en effet 260 m2 sont ravagés par les flammes, les caméras de surveillance sont détruites, l’électricité est coupée, 75 places du CRA sont inutilisables, mais aucun dommage humain n'est recensé.
Après 15 heures d’attente dans la cour, soit dans la soirée, les retenus sont répartis dans d’autres centres : 25 à Nîmes, tous libérés pour vice de procédure lors du transfert, 7 au Mesnil Amelot, 7 à Marseille, 5 ont été placés en garde à vue ou déférés devant les juridictions correctionnelles. Toutefois une grande majorité a été remise en liberté par le Juge des libertés et de la détention.
Quatre retenus auraient été interpellés et ont passé une nuit en détention provisoire dans les prisons de Fresnes et de Fleury. Trois d’entre eux ont écopé de peines de 4 à 6 mois de prison avec sursis. Les uns sont tenus pour responsables de l’organisation de l’évènement, qui ressemble davantage à un cri de révolte contre le principe de rétention. Les autres sont accusés d’avoir jeté des projectiles sur les forces de l’ordre au moment de leur intervention.


Mais le plus amusant, si l’on peut dire, c’est que le retenu algérien pour qui les autres retenus ont lancé l'incendie, a été libéré : en effet, il a effectué ses 45 jours de rétention et ayant échappé à l’expulsion grâce à l’incendie, il a quitté lui, le CRA, libre ! Nous lui souhaitons bonne chance, ainsi qu'à tous ceux qui ont été libéré !

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