Les visites de juin à août 2013

Juin 2013

Nous avons commencé nos visites en février 2012. Malgré le décalage entre la mise en ligne de ce blog et les premiers témoignages recueillis, nous pensons intéressant de les publier et de commencer par le début.
Ces premiers témoignages sont regroupés par mois. Nous rattraperons le temps jusqu'à faire coïncider les futures publications avec les périodes concernées et en publiant nos visites les unes après les autres.


Christine  et Elisabeth

Visite pas très rentable aujourd’hui. 2h30 de présence pour une visite d’une ½ heure.
Le premier retenu étant au JLD, nous avons demandé à voir le second sur notre liste. Après cette visite nous avons dû redescendre pour demander le troisième. Arrivées dans la salle des visites, comme il ne répondait pas à l’appel, nous avons demandé si nous pouvions en voir un autre à la place. Oui, mais il fallait attendre la fin de la visite en cours, redescendre, demander le retenu à l’accueil et attendre de nouveau. Les policiers étaient plutôt coopératifs, mais le règlement ne permettait pas que ce soit autrement. Nous avons donc renoncé.



M. Belaïd, algérien de 21 ans. CRA1, J+2 après j+45 au CRA de Palaiseau…

Belaïd essaye de se montrer vaillant face à sa situation, mais les larmes par moment ne sont pas très loin. Il y a de quoi…
Sorti début juin du CRA de Palaiseau, dans lequel il est resté retenu 45 jours et où il avait été amené directement à sa sortie de prison (45 jours, pour une bagarre nous dit-il), il est contrôlé 3 jours plus tard à Barbès, avec semble-t-il de nombreux autres étrangers, et amené au CRA de Vincennes. Il compte sur ses doigts : 3 jours de liberté seulement et rebelote ! « C’est pas de chance, dit-il avec un petit sourire ». La vie n’a pas été douce pour lui. Parti à 17 ans d’Algérie pour l’Espagne où il a réussi à travailler 3 ans comme saisonnier, la crise et le chômage l’ont poussé à partir en France pour essayer de trouver mieux. Petits boulots dans la mécanique, mais pas grand-chose pour s’en sortir. Il dort où il peut, parking, hôtel, foyer… En tout 10 mois de présence en France dont 3 mois enfermé et peut-être 45 jours encore. Comme il ne sera pas reconnu par le consul algérien, comme cela s’est passé lors de sa première rétention, il ne sera pas expulsé. Alors pourquoi le remettre encore en rétention ? Il nous a dit que la personne de l’ASSFAM allait essayer de l’aider. Encore faut-il que le juge le veuille aussi.
Le hasard fait que le retenu qui reçoit une visite à la table à côté de la nôtre est une connaissance de Belaïd. Ils se sont connus en Espagne. Cet ami confirme qu’il y a beaucoup de gens qui sont arrivés au CRA ces 3 derniers jours, ce qui semble correspondre à l’information de la RAFLE de jeudi (et vendredi ?) à Barbès. Il y a eu tellement d’arrestations qu’il n’y avait pas assez de menottes pour tout le monde et que la police a dû utiliser des liens en plastique, nous explique Belaïd… 
Il parle plus l’espagnol que le français. Il a été à l’école jusqu’à la 3e. Est-ce que cela correspond à la nôtre ? Il n’avait pas l’air très sûr de lui. La conversation se fait donc moitié français/moitié espagnol. Il n’a aucune famille en France. Toute sa famille est en Algérie, il ne l’a pas mise au courant de sa situation. Nous ne pouvons que l’écouter. 2 paquets de cigarettes et une recharge Lebarra sont une piètre consolation. Si nous pouvons nous lui ferons parvenir des sudoku pour passer le temps.




Jacqueline et Colette


Difficultés de visite 

Colette et Jacqueline n’ont pas pu voir le retenu avec lequel elles avaient pris rendez-vous.
Ce jour-là, le préposé à l’accueil nous a dit que les visites étaient interrompues car des autorités consulaires devaient rencontrer 20 retenus, elles avaient commencé à 11h et n’avaient toujours pas terminé à 14h, heure de notre arrivée. Le retard a continué à s’accumuler. Après une heure d’attente les policiers sont venus chercher des visiteurs mais ils n’ont voulu emmener que deux personnes, ainsi qu’un avocat malgré nos demandes de rattraper le retard accumulé en prenant un plus grand nombre de visiteurs.
Question de sécurité ! Le règlement impose un certain nombre de policiers par visiteur...
Par ailleurs nous avons été prévenus que la garde allait changer d’équipe et qu’il était impossible de savoir combien de visiteurs pourraient être montés au parloir. Comme d’autres personnes attendaient et risquaient de monter avant nous et qu’il convient de compter une heure par visite (fouille, appels, visites, reconduites), nous avons renoncé à voir Cherif A.


Le contact a été cependant maintenu avec le retenu par téléphone, vendredi et lundi.

Cherif est tunisien, 30 ans,  au 38e jour de rétention.

Il vit habituellement en Suisse, où il gagne assez bien sa vie en réparant et en vendant des voitures. Il était venu en France pour affaire mais a été contrôlé pour dépassement de vitesse. 
Il a donné son permis de conduire et sa carte d’identité tunisiens. 
Ses documents de séjour n’étant pas en règle, il a été envoyé au CRA où, sa nationalité ne faisait aucun doute, il a vu le consul. Un vol lui a été signifié pour le dimanche suivant.
Une communication téléphonique nous a permis de connaître la suite : Cherif a été effectivement conduit à l’aéroport où il a exigé de voir le laisser passer pour la réintégration en Tunisie. Les policiers le lui ont montré. Il a alors dit qu’il ne voulait pas partir car il avait laissé sa voiture, il en avait d’autres en Suisse : son projet professionnel allait être  détruit. Les policiers lui ont expliqué calmement qu’il risquait 3 mois de  prison s’il refusait, et qu’ils prendraient leurs précautions pour un prochain vol qui aurait lieu avant son 45e jour de rétention (fixé au vendredi ). Devant son opposition, ils l’ont ramené au CRA. Il vit maintenant avec l’épée de Damoclès d’un deuxième vol pour l’expulser.  

Cherif insiste sur les difficultés de vie au CRA, en particulier sur les violences. Des retenus n’arrivent pas à se contrôler et déclenchent des bagarres. Cherif a été blessé au cours de l’une de ces bagarres : il a dû être emmené à l’hôpital pour des radios, en fait, c’était une déchirure des ligaments au pied, elle continue à le faire souffrir et cela l’inquiète, il a demandé à plusieurs reprises à voir le médecin. 
Il déplore d’être au contact de délinquants, drogués, anciens prisonniers de droit commun. Il signale aussi des problèmes médicaux : certains malades auraient la gale, lui-même pense l’avoir attraper, il se gratte, dit-il mais c’est peut-être aussi l’effet de l’anxiété. Il parle d’un vieux monsieur qui aurait la tuberculose, « il crache le sang », pourtant le juge vient de lui remettre 20 jours !


Les contacts par téléphone nous ont permis de savoir que Cherif avait réussi  à refuser un deuxième vol, à l’aéroport au 43jour. 

Mais un  troisième vol avait également été planifié  au 45e, le jour prévu de la sortie…. Réveillé à 8h du matin, il s’est opposé à son transfert à l’aéroport au CRA même, en hurlant qu’il ne voulait pas rentrer dans son pays d’origine, en se barricadant dans sa chambre, gagnant ainsi 1h30 avant que la porte soit forcée, puis en dernier recours, il a avalé une lame de rasoir, ce qui a nécessité son hospitalisation. Enfin, il a été libéré en début d’après midi, les 45 jours de rétention étant accomplis. (voir plus bas, récit par Hedi).

La force du désespoir lui a permis de s’opposer à tout un système mis en place à grands frais pour assurer l’expulsion d’étrangers jugés indésirables… 




Christine et Cécile

Cécile, la journaliste de 94.Citoyens a accepté, très intéressée, mon invitation à venir faire une visite avec moi. Elle a également accepté de faire une demande officielle de visite du CRA dans le cadre de la campagne Open Access Now. 
Assez longue attente ce jour-là, alors qu'apparemment il n'y a pas de visite en cours. Une femme attend déjà. Il y aura une petite altercation entre elle et un policier dans la salle de « palpations ». Le policier lui signale qu'elle devra éteindre son portable quand elle sera dans la salle des visites. Elle proteste disant qu'on ne lui a jamais demandé cela, qu'elle a des enfants et qu'elle n'aime pas ne pas pouvoir être jointe. Elle vient tous les jours depuis 20 jours et c'est la première fois qu'on lui demande cela. De même qu'elle ne passe pas à chaque fois dans le local de fouille. C'est que les autres font mal leur travail répond le jeune policier qui est effectivement très méticuleux, voire zélé, quand il passe la raquette. La femme doit même soulever à plusieurs reprises son tee-shirt pour montrer que c'est sa ceinture cloutée qui fait sonner l'appareil. Au retour, elle nous apprend que c'est son mari, tunisien qui est enfermé au CRA. Elle même est française. Comme ils n'ont pas fait les démarches à temps pour la demande de carte de séjour, il a été arrêté lors d'un contrôle et amené au CRA. On leur a dit qu'il devrait faire ses 45 jours et qu'il serait libéré ensuite (???). Pourquoi ne pas le libérer tout de suite et pourquoi l'obliger à faire 45 jours ? Si c'est vrai, encore une dépense inutile aux frais du contribuable. Espérons pour eux que tout se passe bien.


Ali, algérien de 52 ans, CRA 1, 14Jour de rétention. Contrôle au faciès.
16 ans de présence en France. Devrait être régularisé.

Ali, qui parle un français assez difficile à comprendre, malgré sa longue présence en France, a quitté l'Algérie depuis les années 90, et après différentes pérégrinations dont un retour d'un an dans son pays, il s'installe définitivement en France en 1997. Cela fait donc 16 ans de présence sur le territoire. Il a même, d'un mariage « raté », un fils français qui vit dans le nord. Il a aussi deux oncles qui ont des papiers qui vivent en province.
Il a été arrêté lors d'un contrôle dans la rue alors qu'il se rendait à son travail. Il venait justement d'en trouver un de 3 jours, alors que depuis le début de l'année c'est très dur, car il n'y en a pas beaucoup.
Il est carreleur et maçon, et jusqu'à présent il arrivait très bien à s'en sortir, il y avait beaucoup de travail. Il travaille apparemment souvent pour des Portugais. Il a même passé plusieurs mois à travailler pour une avocate qui avait acheté une maison à rénover à Deauville. Celle-ci étant spécialisée dans le droit des assurances, n'a pas voulu l'aider pour ses papiers. Ces derniers mois il vivait dans un hôtel social dans le 93.
Il a perdu malheureusement 2 ou 3 années de preuves de son séjour en France avant l'année 2009.
Il a déjà déposé des demandes de régularisation qui lui ont été refusée parce qu'il n'avait pas de passeport.
Il raconte les différentes périodes, celle de la régularisation massive puis celle du cas par cas, mais son dossier n'a jamais été accepté. Il a pourtant été aidé par le Secours Catholique.
Ce qui l'a fait quitter l'Algérie, c'est le terrorisme du GIA à l'époque du FIS. Il raconte l'exécution sommaire d'un de ses amis devant la mère de celui-ci, les barbus qui obligent à aller à la mosquée, à ce que les femmes se voilent, qui interviennent dans la vie des gens pour la régenter. Avant cela il n'avait pas songé à partir, nous dit-il.
En 1997 il s'installe à Cannes où il y a beaucoup de travail. Il doit se marier, mais sa future femme se tue dans un accident de voiture. Désespéré, il décide de quitter Cannes et monte dans la région parisienne.
Il résume sa vie en disant que vraiment, il n'a pas eu de chance. Mais il n'a jamais rien fait de mal, ni volé ni rien d'autre. On le croit sans peine, et on se demande, à le regarder, pourquoi cet homme au sourire éblouissant et qui a l'air d'une « crème », n'a pas réussi à mieux s'en sortir. Sans doute pour cette raison même.
Du CRA, il raconte comme tout le monde, le bruit infernal la nuit, la nourriture sans goût, les automutilations de certains, les jeunes délinquants algériens qui vont être sûrement expulsés, car le consulat ne rigole pas avec ça. Il estime le nombre de retenus à peu près à 35 personnes actuellement, et nous précise qu’il y a eu beaucoup de vols ces derniers jours. 
Il est assez fataliste sur son propre cas. Il doit rencontrer le consul le lendemain de notre visite, et comme celui-ci lui avait dit « lui laisser sa chance » lors d'un premier passage au CRA en 2009, il pense que n'ayant pas réussi à obtenir ses papiers, il ne lui laissera pas de seconde chance. Quand je lui dis qu’il peut refuser le premier vol, il répond que ce n’est pas très utile, car dans ces cas-là, les gens sont embarqués d’office pour un second vol sans que celui-ci ait été affiché. À vérifier. (Cette information nous sera confirmée par les policiers de l'UNSA rencontrés le 11/10/2013, voir le CR de cette rencontre).
Il n'a pas l'air contre le fait de rentrer en Algérie, mais il aimerait bien que le juge lui laisse le temps de récupérer ses affaires. Il souhaite rentrer par lui-même et pas les menottes aux poignets, dit-il avec le geste.

Ce récit de vie me donne un sentiment de gâchis terrible !





Guy et Christine

Hedi, 35 ans, tunisien, CRA1, 15e jour de rétention.

Hedi a été arrêté dans le 17e dans un bus de nuit, à la suite d’une bagarre qui avait eu lieu quelques instants auparavant, à la suite de son agression par une bande de jeunes. Il allait voir les Champs Elysées et la Tour Eiffel, mais dit-il, il n’en a pas eu le temps.
Il a été 48h en garde à vue. L’officier de police lui a demandé s’il voulait un avocat. Ayant répondu par l’affirmative, cet officier lui a fait valoir que l’avocat arriverait avec beaucoup de retard, et que de toute façon à 7h30 du matin il serait libéré. Devant cette affirmation, il a donc renoncé à la présence de l’avocat et à 7h30 il a été amené directement au CRA. Jolie procédure… ou comment embobiner un sans papier qui croit qu’un officier de police ne peut pas mentir.
Cela fait seulement 1 mois que Hedi est à Paris. Il a vécu précédemment pendant 3 ans à Marseille, mais le manque de travail et la mentalité des immigrés vivant là-bas l’ont fait monter à Paris. Là il vivait dans un squat à St Denis (sans eau ni électricité) et n’a pas vraiment réussi à se faire des relations pour trouver du travail.
De sa vie en Tunisie, il dit qu’il la gagnait correctement  comme marin, mais le climat  politique et son désir de voir le monde l’ont poussé à partir. Par l’Italie bien sûr, à 3000€ le passage, et avec les difficultés qu’on connaît.
Il a rencontré le consul, lui a donné son nom, lui a tout dit y compris que son sort était entre ses mains. S’il est gentil il ne délivrera pas de laissez-passer, si non, après le consul, c’est Dieu qui décide.
Hedi a de l’ambition. Il semble avoir la tête sur les épaules, et ne pas être du genre à se laisser balloter par les aléas de la vie. Il la veut digne, pas celle à 30€ par jour, et en être le maître. Il voudrait bien se marier, car il commence à « être âgé », mais les femmes qu’il a rencontrées depuis son départ ne correspondent pas à son idéal (trop libres ou pas assez dignes, avons-nous cru comprendre). Il veut aussi voir le monde, c’est son droit. S’il est expulsé en Tunisie, tant pis. Il ira dans la maison de ses parents qui sont âgés, vivent à la campagne et dont il est le plus jeune fils, et il verra ensuite. Il nous fait comprendre malgré tout, qu’un homme qui rentre d’Europe les mains vides est assez déconsidéré.
Il nous donne ensuite des nouvelles de Cherif que Jacqueline n’avait pas pu voir, et que j’avais eu la veille au téléphone. Il avait déjà refusé 2 vols, était très tendu et ne sortait plus de sa chambre de peur de se faire piéger.
Aujourd’hui était son dernier jour. Méfiant, il avait décidé de se barricader dans sa chambre. À 8h30 ce
matin, la police est venue le chercher pour l’embarquer pour son 3e vol. Ils ont dû défoncer la porte. Ayant avalé une lame de rasoir, il a été emmené à l’hôpital. Hedi l’a appelé juste avant notre arrivée et Cherif lui a confirmé qu’on lui avait remis un papier l’informant de sa libération. Il restait en observation à l’hôpital. Nous avons fait part à Hedi de notre inquiétude et de nos questionnements face à un tel geste. Après un petit silence, la réponse fut simple et sans appel : pas le choix.
Cherif a entouré soigneusement la lame de rasoir, récupérée sur un rasoir jetable, d’un papier cellophane comme celui qui entoure un paquet de cigarette, puis d’un plastique, et a avalé le tout. Il doit rester à l’hôpital pour vérifier que la lame ne fait aucun dégât et qu’elle soit évacuée de même.
S’il était expulsé, Cherif perdait tout : son amie, la voiture avec laquelle il était venu de Suisse où il réside, celles qu’il avait là-bas dans son entreprise de réparation et de vente avec laquelle il gagne sa vie, bien que sans papier. Quand je lui avais parlé au téléphone du fait que dans ce pays il pouvait rester en rétention jusqu’à 18 mois, il avait l’air très au courant des cantons où les contrôles étaient stricts et ceux où il ne risquait pas grand-chose. Mais en son absence l’initiative populaire fédérale qui venait d’avoir lieu s’est faite en faveur d’une restriction encore plus grande de « l’immigration massive d’étrangers et de requérants d’asile ». La Suisse est un des pays européen qui a le plus besoin de main-d’œuvre étrangère, mais les Suisses n’en sont pas à une contradiction près. Espérons pour Cherif qu’il passe à travers les mailles du filet.
Bonne chance à lui et à Hedi !



Colette  et Jacqueline

Aujourd’hui l’attente a été très longue : le policier de l’accueil nous a prévenu d’emblée que le Consul d’Algérie devait prendre contact avec 18 retenus et que les visites n’étaient pas possibles pendant ce temps-là. Nous avons attendu 1h45 avec d’autres visiteurs qui nous ont raconté l’histoire du retenu qu’ils venaient visiter. Une jeune femme chinoise avec son bébé venait visiter son mari contrôlé deux jours avant, son titre de séjour étudiant n’était plus valable, mais le couple qui veut rentrer en Chine, espérait rester le temps de faire suivre leur enfant qui avait manifestement un problème de communication. Un ami venait voir un retenu contrôlé et arrêté sur son lieu de travail, semble-t-il sur dénonciation de quelqu’un du quartier ; la descente de police semble avoir concerné plusieurs entreprises employant des sans papiers dans la même rue. Une troisième personne venait visiter, comme chaque jour son fiancé contrôlé  alors qu’elle était interpellée  pour une infraction au volant. Une policière a fait monter plusieurs visiteurs à la fois pour rattraper le retard, nous lui en avons été très reconnaissants …




Tarik, tunisien, 32 ans, 26e jour de rétention, CRA1. 

Mauvais jour pour ce retenu qui venait de passer devant le JLD qui lui a remis 20 jours de rétention et à qui un policier a fait signer devant moi une demande d’appel de cette décision.
Les explications fournies par Tarik sont confuses : il est fébrile, répète de façon mécanique des expressions ou onomatopées comme « tac-tac-et tac… » à la fin de la présentation d’une série de faits ou d’arguments. Il se présente d’ailleurs comme un malade, il prend des médicaments depuis longtemps, il a vu le médecin du CRA. C’est d’ailleurs pour cela qu’il ne veut pas retourner au bled car il n’aura pas les moyens de payer ses médicaments. Il a déjà refusé un premier vol il y a quelques jours, mais ne se sent pas vraiment capable d’en refuser un deuxième.
Il est en France depuis 6 ans, il a travaillé avant d’être malade, mais une bagarre semble l’avoir conduit  en prison, il a été aussi retenu dans un autre CRA, cela s’est toujours mal passé : l’enfermement, cause ou conséquence de ses problèmes de comportement semble avoir aggravé la situation. Il se sent persécuté, même l’ASSFAM le prend pour quelqu’un de « méchant » et refuserait de le voir. 
La visite laisse une impression pénible malgré ses remerciements pour l’intérêt porté à ses problèmes. Ce retenu aurait visiblement besoin d’une aide psychologique, mais elle n’est pas prévue à Vincennes…



Joseph, camerounais, 25 ans, 15e jour de rétention, CRA2. 

Une histoire poignante nous est racontée par ce grand jeune homme calme, au débit posé, qui parle très bien français tout en n’étant pas allé à l’école. Après une enfance difficile, les parents ne vivant pas ensemble, élevé par une grand-mère, il aurait pu mal tourner comme son frère entraîné par de mauvaises fréquentations, mais il a su à temps mesurer les enjeux : timide, souvent malmené par les autres, il s’est tourné vers la pratique de la boxe. Il a même pu penser qu’elle lui permettrait d’ouvrir les portes d’un avenir meilleur, car elle a été le déclencheur de son parcours migratoire commencé il y a un an. Parti avec un petit pécule, il a parcouru d’immenses  distances et franchi plusieurs  frontières : Nigéria, Niger, Mali, Maroc, Espagne, France dans des conditions qu’il ne détaille pas, mais que l’on sent problématiques, « en s’arrangeant avec les policiers ». C’est à Paris où il espérait trouver un club de boxe qu’il s’est fait arrêter six jours seulement après son arrivée, alors qu’il se reposait sur un banc du côté de la porte de la Chapelle !
Il exprime de façon très personnelle et très juste son mal-être dans le centre où « tout est toujours pareil », dit-il, « une prison » avec la menace d’un retour forcé dont il ne veut pas mais auquel on ne sait pas s’il s’opposera. Il conclut en disant : « j’ai voulu tenter ma chance  en venant en France et j’ai raté ».




Juillet

Odile et Christine

Malgré un rayon de soleil, les abords du CRA sont toujours aussi désolants et désolés : une poubelle s’est renversée et de nombreux déchets traînent autour de la guérite où nous nous asseyons.
Il y a plusieurs visiteurs en attente, dont une jeune femme, très nerveuse, qui pousse un petit garçon endormi dans une poussette ; des Pakistanais ont bien du mal à épeler à travers la porte grillée, les noms des retenus qu’ils veulent rencontrer, mais c’est un progrès, on n’a plus besoin de hurler les noms à travers le trou minuscule qui sert de guichet !
Le contrôle est minimum (pas de « poêle à frire), la jeune maman tend sa carte navigo en guise de papier d’identité (peut-être est-elle, elle aussi « sans papiers »…)
Le cœur serré, nous pénétrons dans l’enceinte : comment va se passer la rencontre du petit garçon avec son papa ? 
Ce dernier, un jeune homme très maigre attend déjà au parloir : la maman extirpe le petit Anis, toujours profondément endormi, de sa poussette et le monte. Le visage du père s’illumine et il pousse un cri de joie ; le petit garçon se réveille sans pleurer et pendant toute la visite, jouera gaiement avec son père.
Les policiers sont bienveillants et nous demandent à la fin de la 1ère visite si nous voulons voir quelqu’un d’autre. Ils nous laisserons seules dans le local le temps de raccompagner les autres visiteurs et les retenus et d’aller chercher les suivants.
Nos deux visites se passeront, pour une fois, à une table bien isolée dans le coin au fond de la salle.


Hicham, maghrébin, CRA2, 20 jours de rétention

Hicham est un jeune homme très maigre lui aussi, au CRA depuis 22 jours (il doit revoir le JLD dimanche prochain). Il a vu le consul, qui ne l’a pas reconnu. Il a peut-être une chance d’être relâché après 45 jours, car il n’a pas de passeport.
Maghrébin, il est arrivé en France en septembre 2009, en car de Bilbao. Bien qu’en France depuis près de 4 ans, il parle et comprend assez mal le français. En fait, il travaillait au noir dans un restaurant du côté de la porte de Pantin : présent du matin (8h) jusqu’à la fermeture, souvent après minuit, il est payé en liquide 800 euros par mois. Tout en reconnaissant qu’on profite de sa situation de sans papier, il n’a pas l’air de s’en plaindre et ne comprend pas notre indignation devant cette exploitation ! Au contraire, il défend son patron, qui semble prêt à lui faire une promesse d’embauche, afin de régulariser sa situation.
Il a été arrêté le jour de fermeture du restaurant, alors qu’il écoutait un concert de musique en plein air, dans le nord de Paris. Selon lui, de nombreuses personnes fumaient du shit autour de lui sans être inquiétées, lui seul, pourtant très bien habillé, a été interpelé.
Il nous parle des problèmes qu’occasionne sa rétention : après avoir été hébergé par sa sœur (qui aurait la nationalité française), il partage avec 3 autres personnes un studio qui leur est loué au noir pour 700 euros : là encore, il se montre content de son sort, car le studio est très bien. Après, les choses deviennent plus confuses : sa sœur, qui dans un premier temps est venue le voir, ne répond plus au téléphone. Hicham craint que ses colocataires ne s’approprient ses affaires, dont une paire d’Adidas qu’il aurait payée 450 euros avec un jogging de la même marque (là aussi, il ne comprend notre ahurissement devant une telle somme !). Il met manifestement beaucoup d’amour propre à être très bien habillé. Il espère aussi que tous ses papiers, qui pourraient aider à sa régularisation, n’auront pas disparu quand il sortira.
Il nous précise aussi qu’il prend beaucoup de médicaments (8 valium à 5mg par jour), et un somnifère : il est rendu très nerveux par le manque de cigarettes et probablement de shit (il nous a dit en avoir beaucoup fumé). Toujours tendu, il s’est disputé avec un policier (insultes et bagarre) et c’est pour cela qu’il prend autant de calmants. Nous lui donnons la liste des permanences juridiques et médicales en le mettant en garde contre l’utilisation abusive de ces médicaments.
Nous retrouvons le profil si fréquent au CRA : un homme jeune, courageux, ne plaignant pas sa peine au travail ; sa situation de clandestin l’a probablement empêché d’améliorer son français : quel gâchis !


Joseph, CRA2, camerounais, 21 jours de rétention, seconde visite.

Cette visite nous a crevé le cœur. Déjà visité par Jacqueline et Colette la semaine dernière, Joseph nous apprend qu’il a refusé un vol le dimanche précédent notre visite. Pour mémoire, il a été arrêté 6 jours après son arrivée en France après un voyage d’un an, y compris la traversée de la Méditerranée sur un petit zodiaque, ce qui a l’air de le terroriser encore, rien que d’en parler. Il nous dit avoir pleuré des heures à l’idée d’être renvoyé à la case départ. Cela lui semble inconcevable. Nous évoquons avec lui les moyens de résister à la prochaine tentative d’expulsion. Il ne se voit pas, nous répond-il, agir avec force ou même crier. Il ne pourra pas. Il ne voit pas de solution, sinon accepter ce renvoi qui lui semble cependant insupportable.
Ce jeune homme est la douceur et la gentillesse même. Il parle un excellent français, il est calme et nous explique que quoiqu’il arrive dans le CRA, il n’a aucun problème étant donné son caractère. 
Même s’il avait quelqu’un d’agressif dans sa chambre, il n’aurait pas de problème. Comme il ne répond pas, tout se calme toujours autour de lui.
Il nous dit les automutilations, les cris, les angoisses des autres retenus. Le stress est dur à supporter aussi : tous les matins, on se rend au tableau d’affichage, et on regarde si le vol est affiché. Lui ne se voit pas avaler une lame de rasoir ou une pile. On ne le voit pas non plus, mais qui sait ? Faut-il souhaiter qu’il le fasse ? Entre le retour forcé et cela, quel est le pire ?




Guy et Odile

A l’arrivée à la guérite, on nous demande d’abord nos pièces d’identité : ce sont les nouvelles consignes, cela évite de faire patienter des personnes qui ne pourraient pas entrer, faute de papiers. Décidément !

Nous demandons à voir Youssef, ressortissant israélien. Pas moyen de le trouver, il n’est sur aucune liste. Finalement, nous demandons à voir Anatolii D., ukrainien, probablement l’Ukrainien dont nous avait parlé le sénateur Leconte.

En attendant Guy, qui a oublié son portable dans la voiture, je discute avec le jeune policier de l’escorte. Il me demande si je fais partie d’une association, je noie le poisson et lui demande depuis combien de temps il travaille au CRA : un an et demi et il n’aime pas ce travail, qui n’est pas du travail de policier. Il a demandé son changement pour une BAC, dans le nord de Paris (cœur de métier et comment !). Sinon, c’était la guérite à l’Elysée (fermée et sans clim’), qui constitue un vrai purgatoire.


Anatolii, ukhrainien. 

Au parloir, nous nous trouvons devant un magnifique jeune homme (il me rappelle le Steve Mcqueen de mon adolescence, dans « La grande évasion »). Il parle très mal le français, tout aussi mal l’anglais, mais maîtrise le russe et l’ukrainien : dur dur pour Guy et moi ! Donc, on écrit, on dessine, on mime, on gesticule et nous arrivons à apprendre un certain nombre de choses.

Arrivé en janvier 2012, Anatolii travaille sur des chantiers (il est peintre) ; pour se faire embaucher, il téléphone à divers patrons, polonais, biélorusse avec lesquels il discute en russe, en ukrainien, un peu en polonais. A une question sur ses patrons, il répond que ses patrons sont « compliqués »- opaques sans doute.

Il est venu en France pour être mieux payé : 8 à 10 euros l’heure, alors qu’en Ukraine, c’est maximum 15 euros…par jour ! il est seul en France, partage un logement avec un ami, actuellement en chantier à Bordeaux. Il a été arrêté au magasin « Les 4 temps » à la Défense, où il cherchait une paire de chaussures ; il a été épinglé par la sécurité, pour vol (ou tentative, car il jure qu’il n’a pas volé), remis à la police, et après 24h de garde à vue, transféré au CRA, d’où il sait qu’il sortira fin juillet, après ses 45 jours. Il est optimiste : il n’a pas donné son passeport, n’a pas vu le consul ; pas de vol, pas d’expulsion. Et son patron l’attend à la sortie pour un gros chantier dans un pavillon.

En revanche, la nourriture l’a rendu malade (mal au foie). Après des analyses de sang, le médecin lui a dit qu’il n’avait rien. Il prend un somnifère tous les soirs, car le bruit est infernal et ne s’apaise que vers 3 ou 4h du matin. Les journées sont longues, car il ne peut pas communiquer avec les autres, regarde un peu la télé et joue à la playstation.

Astucieusement, il appelle sur son portable une amie bilingue, pour répondre aux questions que nous lui posons sur Youssef, ce retenu israélien introuvable : il a été libéré ce matin, après ses 45 jours règlementaires ! A l’entrée, nous avions croisé un retenu algérien, qui quittait le CRA, lui aussi après 45 jours : il est marié, père de famille, en France depuis 2008 et dit avoir des preuves de séjour. Ainsi, en moins d’une heure, nous avons constaté 3 cas aberrants de rétention prolongée jusqu’à 45 jours, de façon inutile : l’idée du sénateur Leconte de travailler sur les JLD est sûrement à creuser.

A la sortie, nous continuons notre dialogue avec le jeune policier : sa vision des migrations est loin d’être obtue et à notre question, il nous dit qu’il est syndiqué à FO. D’après lui 70% des policiers sont syndiqués. Donc, il faudra l’année prochaine se rapprocher des syndicats de policiers.




Monique et Colette

Même pas 3 minutes d’attente… Etonnant et satisfaisant car le soleil tape. Deux policiers (une femme et un homme) nous emmènent tout de suite avec deux autres personnes : trois visites en même temps aujourd’hui ! Cartes d’identité au portillon comme « autrefois », poêle à frire. La jeune policière est plutôt désagréable, ton agressif : du genre ici c’est moi qui commande et je vous le fais savoir.


Jimmy F., congolais de 27 ans, 14e jour de rétention, CRA2.

Jimmy, car c’est ainsi que tout le monde l’a toujours appelé, a été contrôlé au métro Crimée  au début du mois vers 15h emmené à Jaurès où il y avait une trentaine d’autres personnes dans le même cas que lui et plein de voitures de police, menotté puis embarqué au CRA2 vers 18h. A été une autre fois arrêté et retenu au CRA du Mesnil-Amelot. Il est en France depuis 2003, arrivé mineur. Il a été recueilli à l’ASE à Orléans, ville où il semble retourner parfois car il y a quelques amis. Il est venu à Paris, a connu une jeune femme française dont il a eu un fils (4,5 ans actuellement). Ils sont séparés, il ne voit pas son fils, vit dans la rue, avec rarement un petit boulot de peintre (CAP) en bâtiment. L’enfant est élevé par sa grand-mère. 
Sa demande d’asile a été rejetée et il me semble comprendre alors que ses parents ont été assassinés au Congo quand il avait trois ans et demi, qu’il a été emmené au Cameroun puis en France par un copain de son père, lequel semble l’avoir exploité et maltraité. S’il est né au Congo, il n’a rien à y faire et n’y connaît personne. Il veut rester en France.
Il se plaint de ne pas manger depuis 4 jours : il est mal nourri, dit-il, parce que chrétien et que les musulmans majoritaires imposent leur loi (c’est le ramadan).
Tout cela est dit calmement et ponctué de : « je suis isolé et c’est dur pour se nourrir, s’habiller, se laver, dormir… »


Nous devions voir un autre retenu ivoirien qui n’avait pas encore vu le JLD, mais j’ai su après coup, en rappelant la cabine, que j’avais mal compris son nom. Nous avons pu échanger un peu au téléphone et je le verrai une prochaine fois.




Katherine et Colette


Je retrouve, devant la guérite, Katherine qui avait pris contact avec l’observatoire et à qui j’ai proposé de venir visiter un retenu. Echange d’infos pendant presque une demi-heure… puis entrée sans problèmes.


Mohamed,  ivoirien, 34 ans, 11e jour de rétention, CRA2.

Contrôlé en même temps que tous ses compagnons de travail sur un chantier à Montparnasse. 4 heures de retenue. Identifié comme ivoirien (permis de conduire), il est emmené au CRA (OQTF). Il voit le JLD avec 20 jours à la clé. Avait, semble-t-il, les papiers de quelqu’un d’autre. Sans résidence, il dormait ici et là. N’a encore vu personne du consulat.
Venu en 2009 avec un visa de deux semaines, il a beaucoup travaillé (sécurité, marchés, graphiste, bâtiment) et envoyait environ 300€ par mois à sa famille à Abidjan (ses neveux orphelins et dont il a la charge). Il a un BTS en mécanismes informatiques et s’est lui-même formé en infographisme. 
Une demande d’asile a été faite dans les temps mais sans trop d’illusions… Il voit régulièrement les conseillers de l’ASSFAM.
Il craint d’être expulsé, il essaiera de résister mais sait que c’est difficile. « Revenir au pays les mains vides », c’est « la honte et l’amertume ». « Descente aux enfers ». 
Se sent minoritaire au CRA, entouré de co-retenus qu’il qualifie de « Barbares » (« bordel, folie, aucun respect, vols »). 
Quant à la nourriture, il la trouve bonne. S’il ne dort pas la nuit, il ne prend pas non plus de médicaments.




Août

Guy 

Arrivé à la guérite vers 13h, il y a 2 personnes pour une visite avant moi.
Il fait chaud, très chaud surtout sous l’abri.
Une femme, arrivée juste après moi, s’asperge  avec une bouteille d’eau.
À 13h30 le policier appelle un seul nom. Je demande des explications. Il me dit qu’il est seul et ne peut prendre qu’une visite à la fois. Par la suite, plusieurs policiers me confirmèrent qu’ils étaient en sous effectifs et que durant le mois d’août il n’y aura qu’une visite à la fois.
Quand je suis ressorti de ma visite, vers 14h45, il y avait des personnes pour au moins 3 visites. Les attentes vont être longues et pénibles pour les familles.


Mohamed, ivoirien, CRA2, 17e jour de rétention, seconde visite

C’est la deuxième visite que nous faisons à ce retenu – voir CR de juillet de Colette –
Au téléphone, la veille, il m’avait redemandé de lui apporter cigarettes, coca, téléphone sans caméra avec carte Lica, habits et argent.
Je lui ai expliqué que ce n’était pas vraiment notre rôle.
J’ai apporté cigarettes, coca et vieux téléphone mais sans carte sim (j’en aurais eu pour 25€ de déblocage et de carte).
Sa situation ne s’est pas améliorée : il a vu le consul ce matin et a compris que celui-ci donnerait un laisser-passer. Il avait reçu son nouveau permis de conduire (dont il avait demandé le renouvellement à Abidjan) deux jours avant son arrestation.
Il n’avait pas encore eu le temps de le donner à une personne de confiance et l’avait sur lui.
De plus l’ambassade de Côte d’Ivoire avait envoyé un questionnaire au CRA pour que le retenu le remplisse ; d’après ce que j’ai compris, il s’agissait de questions permettant de savoir s’il était bien ivoirien. Il y a répondu franchement.

Il a deux enfants en Côte d’Ivoire : une fille de 12 ans et un fils de 8 ans.
La mère de ses enfants vit avec eux à la campagne ; les liens ont l’air d’être très distendus.
Il semble craindre beaucoup un retour dans ces conditions : la famille compte énormément sur les 300€ qu’il envoyait par mois.
De famille musulmane, il s’était converti au christianisme.
Il m’a redit tout le mal qu’il pensait des musulmans du CRA, qui d’après lui sont très énervés et font énormément de bruit la nuit.
En France il vivait avec une angolaise avec qui il s’est fâché ; cette femme a toutes ses affaires !

Il est arrivé en France 2007 ou 2008 et m’a dit avoir payé pour venir 5 millions de francs CFA (ce qui ferait près de 7700€).
Il attend avec crainte son deuxième passage au JLD.




Odile et Guy

C’est une visite galère ! Nous arrivons, Guy et moi à 13h précises et trouvons déjà 3 personnes qui attendent. Au guichet, le policier nous indique que « les consuls » sont là, donc pas de visites privées. Nous apprenons ainsi, à notre stupéfaction, que « les consuls » reçoivent à Vincennes les retenus d’autres Centres, afin d’éviter les transports ; donc, ce sont les retenus (de Palaiseau par exemple) qui sont transportés à Vincennes, avec ce que cela signifie d’escortes et de voitures (encore aux frais du contribuable).

Pour patienter, nous nous rendons à pied au RER de Joinville, afin de connaître le chemin si nous n’avons pas de voiture. De retour au CRA, nous apprenons que « les consuls » sont partis, mais que les visites se font une à une par manque de personnel ! Nous patientons en engageant la conversation avec une jeune Rom, dont le compagnon tunisien est retenu. En France depuis 2007, elle parle très mal français et se plaint de son travail : elle travaille à plein temps chez un Français malade, nourrie, logée, elle gagne 2300 euros par mois ( !) et le patron est très correct ; or dans son précédent travail, elle en gagnait 3200 ! Toujours au noir. Elle va toutefois entreprendre des démarches pour être déclarée.

Dans l’abri, une plantureuse Malienne téléphone pour patienter, puis finit par se coucher sur le banc ; le policier de son guichet s’en émeut et vient aux nouvelles. Il est visiblement ennuyé que cette dame enceinte (elle est tellement ronde que ce n’est pas évident..) soit fatiguée et il promet de faire quelque chose. Du coup, à la sortie de notre jeune Rom, on prend 3 visites : l’époux de la dame malienne et nos 2 retenus. Nous pénétrons dans le CRA après avoir patienté 2H15 (heureusement que les retraités ont le temps, mais les visiteurs qui travaillent..!). Le règlement est strictement appliqué : nous vidons vos poches, passons à la poêle à frire.


Abdellah, marocain, 37e jour de rétention

On nous amène Abdellah dans un état pathétique : il pleure sans arrêt et se plaint beaucoup ; comme il souffre du dos, il s’est rendu en pleine nuit à l’infirmerie et il a pris d’un seul coup le traitement de la journée. Il est donc complètement shooté et cherche à se faire envoyer à l’hôpital ; pour cela, il s’est lacéré la peau du ventre. C’est un très jeune homme, autour de 20 ans,  qui a quitté sa famille il y a 2 ans et 8 mois, a traversé l’Espagne et se trouve en France depuis un an. Il parle très mal français et sa solitude paraît effrayante : je n’ai pas réussi à savoir s’il avait des liens en France. Il est terrorisé à l’idée d’être renvoyé au pays, où il ne gagne rien, alors qu’il veut aider ses parents (il y revient plusieurs fois). En conséquence, il a refusé de parler au consul et devrait être libéré dans une semaine. Dehors, il travaille sur les marchés où il vend menthe et coriandre à Barbès et Clignancourt. Finalement, pris de nausées, il quitte le parloir.


Brahim, 37e jour de rétention 
Entre temps, notre second retenu se présente et c’est vraiment un autre profil. Brahim est en France depuis près de 10 ans, il n’a jamais demandé ses papiers. Il parle un excellent français. D’emblée, il nous demande qui nous sommes et se montre discret dans ses réponses : il a 2 nationalités et joue de l’une et de l’autre pour éviter l’expulsion, il semble avoir un casier judiciaire (il a 2 OQTF et une interdiction pour 1 an et demi). Il dit avoir bourlingué en Europe, mais n’a laissé ses empreintes qu’en France. Il passera au tribunal en septembre pour une algarade avec des policiers, qui l’ont provoqué. Il a de la famille en France, mais est fâché avec sa sœur. C’est pour une affaire rocambolesque de logement qu’il s’est fait arrêter.

A la suite d’une rupture, il s’est trouvé sans logement et ne peut pas demander à sa sœur de l’héberger. Son ex était logée dans un studio en tant que jeune femme (et mère ?) isolée. Sachant que la jeune femme a déménagé, il décide de squatter ce studio qu’il sait être vide. Comme il n’a pas de clé, il défonce la porte et s’installe…Bien sûr, les voisins appellent la police et notre ami se retrouve au CRA et passera au tribunal en septembre…
Par ailleurs, il nous fait part des nombreuses tensions qui ont eu lieu à la fin du Ramadan : les mamans voulaient apporter des plats-maison pour la fête ; refus de la police, les retenus renversent les plats. Il semble qu’on ait appelé des CRS en renfort, plusieurs retenus auraient été durement frappés.
Brahim nous cite le type de provocation auquel lui et ses co-retenus ont été soumis : un policier tire de sa poche sa carte d’identité et lance, goguenard : « C’est parce que vous ne l’avez pas que vous êtes ici ! » Brahim avoue avoir eu bien du mal à garder son sang froid face à cette phrase humiliante ! Il ajoute qu’en revanche, de nombreux policiers sont plutôt sympa.
Il se plaint aussi de la nourriture, de la cherté des boissons du distributeur, distributeur qui semble être inaccessible le soir (à vérifier, surtout si c’était le cas pendant le Ramadan). Lui aussi prend des médicaments, mais le moins possible et il sort de sa poche un nombre impressionnant de cachets de toutes formes.
Il est très satisfait des services de l’ASSFAM., mais se plaint du JLD « Bonjour, 20 jours ».

Pour cette visite, les policiers ont laissé le couple malien s’installer discrètement derrière les claustra. Au moment du départ, les époux s’embrassent tendrement : c’est touchant et déchirant. Pourquoi séparer ceux qui s’aiment ?

A la sortie, nous trouvons de très nombreux visiteurs qui attendent. Auront-ils la possibilité d’entrer ? Et sinon est-ce que cette impossibilité peut permettre une libération du retenu ?















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